d'Anaïd Demir :
La planète ART… se propage bien au-delà du périphérique. Me voici à Vitry-sur-Seine, au MAC/VAL, le premier musée d’art contemporain en dehors de Paris. Je suis invitée à un parcours gustatif dans les salles du musée.
A l’extérieur, dans le jardin, deux sculptures d’Alain Séchas prennent un nouveau sens depuis le 1er janvier. Deux chats géants fument à l’infini sans qu’on ne trouve rien à leur redire. Et en filigranne, ces félins nicotinés frustrent les vrais fumeurs qui les observent de l’intérieur.
Quant à moi, je me réjouis d’avoir arrêté de fumer il y a des siècles et d’être désormais en mesure d’apprécier à 100% les saveurs inédites d’une balade gustative.
Les metteurs-en-scène du gôut sont ici les chefs du restaurant du musée : le « Transversal ». Et entre les effets des œuvres et les saveurs qu’on déguste, une alchimie se produit.
Face à la pièce pétaradante et détonnante de Malachi Farrell qui dédnonce les travers de la société à travers des automates, on vit une attaque explosive au palais : de la moëlle saupoudrée de cristaux de sucre pétillant active nos papilles en douceur d’un côté… et de l’autre une armée de jeunes gens standardisés, enrolés!
Parenthèse plus conviviale avec J-Luc Vilmouth. Installés au bar « Séduire » qu’il a conçu, et tout en suivant les discours vidéo de nos voisins de table virtuels, on sirote à la paille une incroyable boisson rouge qui a des effets presque urticants. Entre l’ortie et le sirop. Quelque chose d’inédit se passe sur la langue : c’est l’effet de la fleur de Séchouan… la fleur de poivre en fait!
Dans l’installation très introspective et forestière de Bertrand Lamarche, on déguste des herbes frites. Et on finit par une légère émulsion de réglisse toutes oreilles déployées au cœur de l’installation sonore de Dominique Petitgand qui a trait à l’enfance.
Ce n’était que l’aperitif. Et la pause déjeuner du « Transversal » s’achève sur une tuerie en guise de dessert : un « Milky Way » où la réglisse et l’endive se disputent une légère et voluptueuse voie lactée. C’est totalement en accord avec « Stardust », l’expo du moment au MAC/VAL, où il est question de cosmos justement !
Quelques œuvres sortent du lot quand on fait rapidement le parcours. Les photos de Bowie dit Ziggy Stardust par Claude Gassien font plaisir à voir pour le côté rétro-glam-futuriste du show bizz des seventies. Puis la fusée de Sylvie Fleury nous aide à décoller. Et s’il nous prend des envies de quitter la planète, Gwen Rouvillois nous propose d’acquérir une parcelle sur la Lune. Bruno Peinado met un mini big bang mis sous cloche… Une des pièces les plus poétiques dans l’exposition à mon avis est signée Vincent Lamouroux : c’est une grande pelle basique remplie de quelques poignées de paillettes et dont le titre « la constellation du sculpteur » nous éclaire sur son origine. Du sculpteur au Créateur, et du créateur aux instances spirituelles les plus déiques… il n’y a qu’un pas ! Il n’y a plus qu’à se réveiller d’urgence avec un café qui s’accompagne subtilement d’un morceau de parmesan… enrobé de cacao ! Etonnant ! Après ce joli coup de fouet gustatif, on n’a plus qu’à rejoindre Paris, ses grèves infernales, ses embouteillages… bienvenue dans le monde réel.
Anaïd Demir
MAC/VAL, Place de la Libération
94400 Vitry-sur-Seine
Tel : 01 43 91 64 20.
http://www.macval.fr
vous pouvez également suivre les aventures d'Anaïd sur Art&You au lien suivant : http://www.art-and-you.com/article_150_le-journal-(intime)-de-l'art-d'anaid-demir-(1)_1.html
