Vous auriez pu ne pas remarquer, mais impossible que vous ne l’ayez pas vu. Ils fleurissent dans tous les beaux espaces parisiens, les meilleurs vitrines : les opticiens !
On lit la ville à travers ses magasins. Il y a eu les boutiquiers du portables, disparus quand on en a tous eu un dans la poche ou lorsqu’il n’était plus nécessaire de craquer les appareils entre deux opérateurs ; puis vinrent les supermarchés, qui ont réussi à trouver un nombre incalculable de grandes surfaces qu’on croyait jusqu’alors seuls capables de s’offrir les bons galeristes. Voilà donc, la déferlante ophtalmo, car après avoir équipé les vingtenaires bavards en smartphones, les trentenaires solitaires en citymarket, il faut bien équiper les quarantenaires qui tendent les bras pour lire comme pour appeler leur première paire de lunettes.
Forcément, avec un centre ville a 7000 euros le mètre carré, on trouve désormais autant d’eyeswear de créateurs que les sempiternelles franchises des mastodontes du secteur qui assurent encore une belle fin de carrière aux stars peroxydées du rock hexagonal. Signe que les centres vieillissent et s’enrichissent... D’ailleurs, même la star en question a due faire une petite place à sa jeune épouse, s’agit de ratisser large pour pas abandonner la lunette chère aux bobos et devoir se rabattre sur la France du dessous, avec monture sécu qui trahit l'indigence du minimum retraite.
Déjà qu’on ne pouvait pas échapper à Afflelou, voilà qu’on échappe plus à son destin : chausser irrémédiablement sa première monture pour éviter de se prendre une branche. Ou pleurer devant deux lentilles seulement, comme la dernière réminiscence d’un trauma d’enfance où la plâtrée s’accompagnait en plus d’un petit salé.
Mais c'est toujours salé. Dans un pays réputé pour sa sécu, où il est plus compliqué d’avoir un rdv chez l’ophtalmo que chez le kiné, l'oeil n'a rien à envier à la petite souris. La bonne vieille Amélie, un peu radasse sur le lorgnon, remboursement genre monocle, laisse aux mutuelles ce pure produit d'appel pour recruter de nouveaux adhérents. La santé reste un secteur disputé. Et même à 400 euros le remboursement, cela reste le coût de recrutement le plus abordable du marché !
J'en veux pour preuve ces magasins uniques qui proposent lunettes de marque à prix défiant toute concurrence et prévoyance, comme le concept store Previfrance, mutuelle toulousaine qui vient de s'installer rue Beaubourg, a compris qu'il fallait chasser le RSI dans le quartier (Régime des travailleurs indépendants) et s'offre une vitrine incomparable.
Previfrance, 70 rue Beaubourg. Pour ne citer que celui-là. Pas de photo disponible, google maps ne suit pas la rapidité du mouvement !